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  • Camille Vorain

“Oser parler de soi pour aller mieux : mon expérience”

Oser parler de soi pour aller mieux : mon expérience

Rencontre avec une dermatologue qui donne la parole au corps.

Être entendue.

Après 1 an et demi d’horreur, à alterner entre dermocorticoides et antiparasitaires, à entendre des diagnostics de nombreux médecins, à entendre des scénarios fatalistes et qui ne donnent pas envie de se relever, il y a eu L.

L. Je l’ai rencontré par hasard en cherchant des dermatologues, et puis j’y suis retourné après avoir lu un de ses articles qui parlait de son approche psychologique du patient. Pour la première fois, on me proposait de m’asseoir pendant quelques minutes, et de m’écouter, de prendre note de mes mots & maux. Pour la première fois, un médecin me posait des questions : comment je le vivais, ce que je ressentais, qui j’étais, où j’allais, et pourquoi? Pour la première fois, on ne m’a tendu ni ordonnance ni lettre de condoléances me renvoyant vers un autre spécialiste. Elle m’a donné un rendez-vous pour la semaine suivante, le deuxième d’un suivi rigoureux et attentionné.

Depuis les mois ont passé, la peau s’est dénouée et parfois enflammée.


Comment ai-je rencontré le Docteur Versapuech?

Je l’ai rencontré une première fois, puis je suis tombée sur une remplaçante avec qui le feeling n’avait pas été de rigueur. Résultat, je n’avais pas voulu revenir. Jusqu’au jour où, déprimée et en pleurs, j’arrive dans le bureau de mon médecin traitant et je vois une revue médicale sur la thématique de la peau.

J’étais décidée à comprendre, d’où ça venait cette chose qui me collait à la peau, me générait des angoisses et m’empêchait de dormir ou de prendre une douche par plaisir. Aujourd’hui encore, je n’associe pas la douche au plaisir, l’habillement à un loisir, et le maquillage a quelque chose de chouette et de mis en valeur. Pour moi, c’est toxique, toxique, toxique. Je me vois mieux vivre nue dans une rivière (ça c’est dans ma tête).

Bref, me voilà plongée dans l’article passionnant qui aborde la parole et le corps. Il explique le fait de donner un espace au patient pour parler de sa douleur et de son vécu dans la maladie, et de ne pas simplement l’ausculter. Moi, dans ma tête et mon cœur ça fait révélation. Je me précipite à lire qui a écrit cet article et là BOOM : la dermatologue que j’avais rencontrée 2 années auparavant. Ni une, ni deux, je prends rendez-vous en m’assurant que ce soit bien elle.


Les séances de suivi hebdomadaire.

Me voilà partie pour des mois entre rire et larmes, à parler de choses qui me semblaient parfois si futiles, à arriver dans le cabinet en panique parce que j’avais en « rendez-vous amoureux “. Ou encore à dire que je ne me sentais pas adaptée, pas faite pour ce monde, trop décalée.

À questionner « l’in-questionnable », à aborder les sujets plus philosophiques les uns que les autres « qui suis-je? Mon corps, mon âme, mon esprit? Ma personnalité, mes émotions, mes réactions? » Parfois j’ai mis des mots sur ce que me faisait vivre ma peau, sur l’injustice qui me bouleversait, sur la colère aussi. J’ai émis mes doutes sur ma valeur, est-ce que je mérite d’être aimée? De vivre? Suis-je “aim-able”? Puis je me suis encore intéressée à quel est le lien nourriture et esprit? Nourriture et peau? Me voilà partie dans une aventure à déceler qui de ma peau ou de mon esprit décide de mes limites. Mais quelles sont-elles?

La voix qui se coupe. L’envie de dire l’in-entendable, l’inacceptable pour beaucoup : ne pas se concentrer sur la guérison, mais sur le chemin.

Voilà un message que j’apprendrais dans ces mois de retour à la vie.




Échanger sur la psychodermatologie

Après plus d’une année, j’ai vu une réelle évolution. Notamment celle de pouvoir parler de l’eczéma librement, de comprendre que je n’étais pas bizarre, simplement avec un fonctionnement singulier. J’ai repris le cours de ma vie, avec eczéma en fond de tâche, mais plus comme vedette.


J’ai alors souhaité la rencontrer et parler de cette thématique « la psychodermatologie »

Lors de consultations hospitalières et libérales en pathologie vulvaire, elle a rencontré des patientes qui souffraient de douleurs invisibles. Elle s’est aperçue que la médecin ne s’intéressait pas assez à ce qui n’était pas visible. En se questionnant sur la douleur et sa prise en charge, elle s’est formée à d’autres approches. D’abord l’hypnose puis la psychanalyse, deux techniques qui ont modifié sa pratique.

Je découvre alors l’existence de groupes qui partagent cette pratique. Entre autres, il y a la Société Française de Psychodermatologie (SFD) et la Société Francophone de Dermatologie Psychosomatique (SFDPS) Cela va à l’encontre de l’idée reçue que les “dermatologues ne s’intéressent qu’aux symptômes”. J’aime avoir trouvé l’exception qui ouvre de nouvelles voies.

Pour explorer cette piste, vous pouvez vous renseigner dans des centres hospitaliers (Bordeaux, Brest…) qui proposent des consultations de psychodermatologie.

Il existe également des écoles de l’atopie qui proposent des séances d’éducation thérapeutique.


Que peut-on attendre d’un dermatologue?

Qu’est-ce qui nous importe : qu’un spécialiste nous écoute, qu’un thérapeute le fasse, quelqu’un du monde médical avec la signature rassurante que cela engendre?

Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises réponses. Chacun va chercher dans le rôle du médecin quelque chose de différent. Certains refuseront de se livrer, de dire l’indicible, l’intime, l’ex-time à un docteur. D’autres chercheront le réconfort, ou que leur quotidien soit entendu.

« La médecine est un art » me glisse le docteur Versapuech.

Ce qui soigne, ne serait-ce pas aussi la relation? Cette relation prend une forme singulière selon les patients et soignants : C’est l’occasion de permettre au patient d’entendre, de s’entendre, et qu’il se connecte à ses propres ressources.

« Le corps est passant la parole » / « Le corps n’est pas sans la parole »

La parole a un effet concret sur le corps. Le phénomène psychosomatique a quelque chose de figé, comme un arrêt du mouvement dans le corps. Le travail de parole redonne l’élan de vie, qui est aussi de l’ordre du physique, du réel. C’est une manière de laisser une place au désir, à la vie et au mouvement.

C’était une discussion décousue si passionnante. Chaque sujet s’enchevêtre et me questionne. Si votre curiosité a été piquée, de nombreux livres traitent de ce rapport entre corps et langage, entre peau et psychanalyse*.


Je remercie infiniment le docteur Versapuech, pour son suivi et sa main tendue dans un moment de désarroi qui a été une étape clé dans ma guérison : celle d’avoir un docteur qui m’écoute, pour que moi-même je m’écoute enfin.



*Livres “peau et psychanalyse” :

Le Moi-Peau – Didier Anzieu

L’eczéma, est-ce vraiment dans la tête ? – Magalie Bourrel Bouttaz

La tendresse, de Sylvie Consoli

Le corps pris au mot, d’Hélène Bonnaud. Navarin édition

Navarin – Le Champ freudien

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©2020 par holaeczema.

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